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Art mural

Peintures

Elle pose sa toile à plat sur une table. Puis, avec une précision de chimiste, elle crée sa couleur dans des pots de confiture : un mélange de peinture à l'huile, d'essence et de gel siccatif, passé au bain-marie. Elle verse ce liquide brillant sur la toile, qu'elle soulève sur une arête pour laisser couler des sillons. Une fois la base prête, elle jette des couleurs vives dessus, attend un ou deux jours que la surface sèche, prend un couteau de pâtisserie, décolle la couche supérieure, arrache quelques lambeaux, révélant la couleur de la base. Après, c'est selon : elle colle ces « peaux » sur un polyester transparent, revient au tableau, fait des entailles, ponce parfois. Elle travaille sur plusieurs toiles en même temps, pour les renvoyer l'une à l'autre, les comparer, rafraîchir le regard.

Les gestes sont légers, précis. Irène Laksine accomplit un rituel serein, pas un exutoire. « La violence ne fait pas un tableau, et un tableau n'est pas une thérapie. C'est comme un dédoublement, une rencontre avec un autre moi, qui me renvoie à mes limites, à mes dépassements. » Et les limites sont plus souvent atteintes que les dépassements : « La chanson dit : tu crois serrer ton bonheur, mais tu le broies... Là, c'est pareil, ça ne marche pas à tous les coups. C'est immoral, la peinture, on travaille souvent comme un boeuf pour rien... Parfois, tu laisses faire les choses tranquillement, et ça te plaît. Moi, je ne suis pas une laborieuse. Je suis une contemplative. » D'où l'importance du temps de séchage, qui la force à observer, à réfléchir, à décider si ça commence à devenir bon ou mauvais. S'il faut s'arrêter ou continuer. Cette femme vive n'est pas du genre à jeter rageusement sa toile par le vasistas lorsque « ça » rate. « Les tableaux nuls, j'attends qu'ils sèchent, et je les recycle. » Pas du genre non plus à se jeter du Pont des Arts lorsque, vraiment, « ça » ne veut pas venir. Ce fut le sort de son oncle David : il avait vingt ans lorsque la Seine l'engloutit.

Chez les Laksine, la peinture est religion, et gare à celui qui ne pratique pas. Le père, immigré du Caucase, était chirurgien dentiste à Cannes. Pour perpétuer sa dynastie d'artistes, il a vite remplacé les jouets de ses enfants par des pinceaux. Un de ses patients, un certain Picasso, venait toujours suivre leurs progrès. « Qu'est-ce que ça pouvait me gonfler », souffle Irène... « Papa nous imposait une technique rigide, il se fichait pas mal de savoir si ça nous plaisait ou pas, c'était une vraie corvée ». Il faudra attendre Paris et les Beaux-Arts pour s'affranchir de la lourde tutelle paternelle et découvrir l'abstraction, première révolte majeure de l'enfant sage. Irène découvre alors le plaisir de créer : « De scolaire, je suis passée à un univers de liberté totale, celui où la création se mêle avec l'intimité. »

Sa liberté s'étend un temps aux idées : après avoir été militante dans les usines, contre la guerre du Vietnam, maoïste soft, féministe au MLF, Irène s'installe en 1970 dans un atelier sous les toits, rue Quincampoix. L'atelier d'artiste par excellence, au fouillis organisé entre tableaux empilés et tubes crevés, et où flotte en permanence l'odeur entêtante de l'essence de térébenthine. Depuis, son rythme de vie n'a pas changé d'un iota : il est toujours guidé par ce refus définitif de toute contrainte. Même les idées viennent librement à elle. « L'inspiration ? Je ne sais pas ce que c'est. Je ne me réveille pas le matin avec une image en tête, et je ne me jette pas sur la toile pour la reproduire. » Elle laisse l'envie de peindre arriver dans une grande agitation. « Je descends au café, je papote avec les copains du quartier, je remonte mes huit étages, je me mets en tenue de combat (une blouse maculée de peinture, ndlr), je l'enlève, je vais faire du vélo, je remonte... » Jusqu'au moment où l'esprit est disposé à peindre. « Quand je me sens légère, je commence. Après, je cesse d'être distraite, et je me concentre. »

Dans l'atelier, les tableaux se déplacent tout seuls. Tour de magie ? A bien y regarder, on aperçoit l'artiste cachée derrière, portant à bout de bras ces grands rectangles de toile pour les aligner, face peinte contre le mur. « Ca, c'est ma gymnastique quotidienne », fanfaronne-t-elle en montrant ses biceps. Faire le pitre est devenu sa nature, comme si elle voulait rattraper son enfance corsetée. « La peinture ne me torture pas, assure Irène, elle ne me défoule pas non plus : elle me remplit. L'huile est une matière inépuisable. On ne la maîtrise jamais, il y a toujours à explorer, à creuser. Du coup, quand je peins, je plane. La pratique est aussi mystérieuse que l'inspiration : j'ai l'impression de flotter, que mon esprit s'ouvre, que des pensées jusque-là confuses s'ordonnent soudain dans ma tête. Je deviens intelligente ! C'est l'effet puissant, physique de la matière : je sens que je suis ancrée quelque part. A la fois ailleurs et sur terre. »

Jennifer Lesieur

Écrivain, Goncourt de la Biographie 2008

Journaliste

Irène Laksine